21 novembre 2007
Sur mon cou
Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu'une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s'émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
Ô viens, mon beau soleil, ô viens, ma nuit d'Espagne
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main
Mène-moi loin d'ici battre notre campagne.
Le ciel peut s'éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer et des prés, l'herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul, je vais mourir.
Ô viens, mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n'avions pas fini de nous parler d'amour.
Nous n'avions pas fini de fumer nos Gitanes.
On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour.
Amour, viens sur ma bouche ! Amour, ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l'escalier plus souple qu'un berger,
Plus soutenu par l'air qu'un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs, s'il le faut marche au bord
Des toits, des océans, couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.
Jean Genêt (1952)
08:27 Publié dans Dans mes oreilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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Commentaires
Etienne Daho l'a chantée....
Écrit par : MHF | 24 novembre 2007
J'ai connu ce poème grâce à Daho et j'ai tout de suite été sous le charme !
Écrit par : CC | 27 novembre 2007
@ MHF, CC : J'avoue l'avoir découvert par une reprise chantée de... Raphaël sur le magnifique "Live au Châtelet".
Écrit par : Christophe | 28 novembre 2007
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